LA COMPASSION EST BONNE POUR LA SANTÉ

Tous les sages du monde nous ont transmis le message que certains exercices mentaux, un style de vie discipliné et l’étude et la réflexion nous mènent à un état de paix, d’équilibre et d’amour.  Cette expérience a lieu toujours dans un état de relaxation profond lorsque nous nous sentons en sécurité et que les quatre fonctions principales du cerveau primitif sont au repos.  C’est ce que Karen Armstrong appelle en anglais les 4Fs (fight, flight, food and… reproduction).  L’expérience de paix décrite par les sages semble apparaître dans un autre système du cerveau, là ou résident les émotions, le système limbique situé dans la partie inférieure du cortex.  C’est la région du cerveau qui s’active lorsqu’un humain ou un animal est au repos, libre de danger, accompagné de sensations de calme, de bien-être et de sentiments positifs  C’est un système régulatoire qui équilibre et répare l’organisme entier. On pense qu’il est activé initialement par l’amour maternel et la production d’ hormones comme l’oxytocine qui créent un sentiment de rapprochement et d’attachement parental.  Dans cet état nous sommes libres d’anxiété, nous pensons plus clairement et nous sommes plus compassifs.  Toutes les pratiques spirituelles essayent de reproduire cette sérénité à travers des activités, des disciplines et des rituels.  Le sage Yajnavalkya dit qu’ “une personne qui connait l’Atman est calme, tranquille, patiente et libre de peurs”.  Dans cet état le sage est libre de ses instincts, libre de désirs.  Par contre, les émotions négatives provenant des pulsions instinctuelles, détruisent ce calme, limitent notre horizon et nous rendent insécures, égoïstes et à la défensive.

Ce qui est intéressant dans le Yoga, c’est que cet état de paix n’est pas nécessairement transmis par un pouvoir divin mais il peut être atteint par n’importe qui avec du talent et la ténacité pour le cultiver.  De nos jours, on accepte de plus en plus l’importance d’un apprentissage mental et émotionnel et plus les recherches des neuroscientifiques avancent plus elles nous incitent à  prendre au sérieux des pratiques anciennes qui développent l’amour et la paix intérieure.  Serait-il possible donc d’agir sur nos émotions et notre mental et de modifier même certaines parties de notre cerveau?  Et est-ce que la génération de certains états émotionnels comme la compassion pourrait être bénéfique à notre biologie?

Il y a 12 ans Richard Davidson, psychologue et psychiatre de l’université de Madison au Wisconsin a été encouragé par le Dalai Lama à se lancer dans l’étude de la compassion chez des méditants tibétains expérimentés. À l’analyse des electroencéphalogrammes et des IRM, Davidson a été surpris des résultats: “Jamais des ondes gamma d’une telle amplitude n’avaient été observées” (The Emotional Life of the Brain). Dans le cerveau ces ondes créaient un feu d’artifice avec des paquets de neurones envoyant des signaux à un rythme très élevé.  Ces ondes gamma sont associées à des ondes de haute fréquence reliées  aux activités complexes de la conscience comme l’attention et la perception.  Un autre effet de l’exercice était la modification des émotions par l’activation de la zone du cortex préfontal gauche, siège de l’optimisme, la joie et la confiance. Selon Davidson la méditation sur la compassion est une pratique par laquelle nous pouvons transformer notre cerveau en activant de nouvelles connexions.

Une autre chercheuse, Kristin Neff, psychologue et auteure du livre S’aimer Comment, a étudié le taux de cortisol et les variations du rythme cardiaque pendant la méditation.  Le cortisol est une hormone du stress et plus on se montre compatissant, plus le taux de cortisol est bas et le rythme cardiaque stable. Des recherches menées depuis nombreuses années par la Harvard Medical School  sur les effets de la méditation peuvent aussi être consultées sur son site web.

Alors comment cultiver la compassion? Depuis des siècles des  boudhistes pratiquent la méditation Metta pour développer l’amour et la compassion en faisant les souhaits suivants: “Puisses-tu être heureux! Puisses-tu te sentir bien! Puisses-tu ne pas souffrir! Puisses-tu être en paix!”  Dans le Yoga il y a la pratique du Karma Yoga, le service désintéressé; il s’agit donc d’une pratique, d’une méditation en action. Matthieu  Ricard, moine boudhiste  tibétain, nous encourage à magnifier des moments d’amour inconditionnel que nous pouvons ressentir vers d’autres, par exemple, un bébé, et de prolonger peu à peu ces expériences en méditant de cette façon 5 minutes, puis 10, 15, etc… Ce serait comme prendre un bain de compassion pendant un certain temps chaque jour.

Je vous propose maintenant une version de la méditation bienveillante Metta que vous pouvez pratiquer aussi souvent que vous voudrez pendant la journée.  C’est une visualisation qui peut se pratiquer n’importe où, n’importe quand.

Nous nous visualisons au centre de plusieurs cercles concentriques.  Sur le premier cercle, le plus proche de nous, se trouve la personne ou les personnes plus proches de nous, que nous aimons  et qui nous aiment (un enfant, une mère, etc…) et nous leur exprimons les 4 souhaits décrits plus haut: “Puisses-tu être heureux! Puisses-tu te sentir bien! Puisses-tu ne pas souffrir! Puisses-tu être en paix!”

Après nous visualisons un cercle un peu plus éloigné où se trouvent des personnes que vous connaissez mais qui vous sont indifférentes.  Visualisez bien leurs visages et répétez les 4 souhaits.

Finalement sur le cercle plus lointain placez des personnes avez qui vous avez des difficultés, que vous n’aimez pas ou qu’elles ne vous aiment pas.  Visualisez leurs visages, leurs voix, leurs gestes.  Mentionnez même leurs noms et répétez les 4 souhaits.

Essayez de faire cette visualisation d’une façon claire, sentie et même émotionnelle.  À la fin restez en silence quelques instants en savourant le calme et la paix.

Rappelons-nous que ces pratiques prennent du temps.  On ne peut pas changer rapidement ce qui nous a pris toute une vie à établir.  Les scientifiques nous parlent de la plasticité du cerveau mais tout comme nos muscles nous ne devenons pas forts ou souples du jour au lendemain. Il s’agit d’un entraînement et, comme disait Swami Vishnudevananda,  cela requiert de la ténacité, de l’assiduité et de la régularité.

Je vous souhaite une bonne pratique!

About suryasanmiguel

I'm a Yoga teacher and educator. I was born in Madrid, Spain and came to Canada in the 70's to study but remained here. I received a degree in Education from McGill University. In my student's years I had the good fortune of meeting my Zen teacher, Roshi Phillip Kapleau and I studied with him for 15 years attending numerous retreats. In 1988 I was also very fortunate to meet Swami Vishnudevananda at the Sivananda Yoga Camp in Quebec where I became a certified Yoga teacher My interest in Budhism and Hinduism also led me to meet several Tibetan Lamas and study their teachings and traditions. I live presently in Montreal, Canada but travel frequently teaching Yoga and giving workshops and lectures on spiritual related topics.
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