LEVEZ LES VOILES!

Non, it ne s’agit pas d’un manifeste contre la femme voilée.  C’est plus un appel adressé aux hommes et aux femmes à lever les voiles qui nous empêchent de jouir de notre propre nature qui, selon les sages de tous les temps, est faite de joie, d’amour et de sagesse.  Cette idée d’être voilé, de vivre toute notre vie voilés, est très triste car cela implique de se cacher, pas seulement des autres, mais de nous-mêmes.

En Yoga, on appelle ces voiles les”kleshas” qui  produisent “dukha” ou souffrance et qui représentent les ennemis de “sukha”, ce mot également Sanskrit qui est traduit par plaisir, délice ou bonheur.

Alors quels sont ces “kleshas”, ces voiles qui ne nous permettent pas de goûter au
“sukha”, au bonheur?  Selon le sage Patanjali il y cinq afflictions principales qui seraient la cause de nos souffrances:

1. “Avidya” – L’ignorance qui est à la base de tous nos autres obstacles. L’ignorance amène en cascade tous les autres “kleshas”.  L’ignorance peut être consciente ou inconsciente, potentielle ou pleinement développée.  Remarquez que Patanjali la décrit comme un obstacle et non pas comme un défaut ou un péché.  C’est uniquement un obstacle à notre liberté et c’est grâce à cette approche positive que nous nous sentons inspirés pour l’éradiquer.  L’ignorance équivaut à une fausse identification, à une compréhension erronée de notre nature réelle.  C’est considérer ce qui n’est pas réel comme réel ou éternel et ce qui est douloureux comme étant agréable, comme c’est le cas avec tous les désirs immodérés.

2. “Asmita” – L’égoïsme, l’identification à notre sens de l’égo, toujours changeant et toujours à la défensive .  “Asmita” c’est le “je” qui nous pousse sans cesse à nous battre, à avoir raison et à gagner en dépit des souffrances que cela puisse causer.

3. “Raga” – L’attachement qui lui-même s’attache au plaisir.  Rappelons-nous que c’est le plaisir que nous recherchons par tous les moyens, l’état de “sukha”, de délice, qui est notre vraie nature  Serait-il possible de chercher ce plaisir tout le temps s’il ne faisait pas partie intégrante de nous-mêmes?  Serait-ce peut-être parce qu’il a été en nous toujours mais qu’on l’a perdu de vue temporairement et qu’il nous manque tellement? On ne discute pas ici de la recherche du bonheur mais plutôt des moyens utilisés car la plupart du temps ce qui nous éloigne du bonheur ce sont les moyens utilisés.  Le détachement du yogi est souvent mal compris. On imagine que le yogi doit être détaché du monde extérieur, de ses biens et ses plaisirs. En fait, le yogi essaye de ne pas s’attacher aux plaisirs passagers qui conduisent finalement à la douleur étant donné le caractère impermanent de la création. “Raga” est ce qui nous a donné plaisir hier et qui n’est plus le cas aujourd’hui.  Le bonheur durable, par contre, ne peut pas dépendre de nos humeurs, de nos souvenirs ou de nos désirs qui sont des états changeants par nature.

4. “Dvesha” – L’aversion, ce qui nous fait éviter la douleur ou la peur de souffrir.  L’aversion nous fait éviter quelquefois certaines pensées ou actions qui seraient peut-être nécessaires à notre développement intérieur.  Je pense, par exemple, à l’effort que nous devons réaliser si nous voulons créer de nouvelles pratiques saines qui vont à l’encontre de nos vieilles habitudes.  Je pense aussi au refus de ne pas vouloir accepter certaines vérités sur nos comportements.  Dans ces cas c’est plus facile de les ignorer, une autre facette de l’aversion.

5 “Abhinivesha” – L’attachement à la vie qui est inhérent tant à l’ignorant qu’à la personne instruite.  L’attachement est à l’origine de la peur de l’inconnu et de nos insécurités. Il est relié à l’instinct de préservation et de reproduction, la plus puissante force qui a maintenu en vie notre espèce jusqu’à ce jour.  Mais cet instinct pas sa fonction n’est pas rationnel et il nous pousse à vouloir survivre pour toujours et à développer un désir excessif de survie, ce qui ne tient pas compte de la nature transitoire de tout ce qui existe.

Afin de devenir plus familiers avec notre mort et par conséquent de perdre la peur instinctuelle beaucoup de traditions spirituelles ont des pratiques ou l’égo, l’idée que nous avons de notre fausse identité, est explorée et contestée.  Il s’agit d’un processus ou on laisse aller nos vieilles conceptions de qui nous sommes.  En Zen, le koan présenté au débutant est: “Qui suis-je?”  Question difficile que d’habitude l’étudiant prend des années à répondre d’une façon satisfaisante.  On retrouve également ce processus de mort dans “la nuit noire de l’âme” décrit par les mystiques chrétiens comme St. Jean de la Croix. Dans cet état ils se sentent sans issue: le retour en arrière, aux vieux patrons et habitudes devient  impossible car c’est devoir face à nouveau à la souffrance, mais s’avancer vers l’inconnu est encore plus difficile à cause de la peur de laisser aller le vieux moi, ce vieux moi qui même s’il est cause de douleur il est au moins connu, de la douleur connue… Dans cette nuit noire ils sont éventuellement forcés à sauter dans le vide menaçant et inconnu.  Cela demande un grand courage et, en fait, les aspirants spirituels sont quelquefois comparés à des guerriers et des héros.  Les grandes sagas ou mythes ont toujours un héros qui doit lutter contre les démons (intérieurs ou extérieurs).  Certaines images hindoues représentent des dieux et des déesses, des archétypes universels, portant dans leurs multiples mains diverses armes pour combattre ces démons, les “kleshas” et toutes leurs variantes.  La mort de l’égo est à la base de la transformation mentale, émotionnelle, spirituelle et même physique car nos anciennes blessures émotionnelles nous les portons dans nos muscles, nos organes et se reflètent sur notre voix, notre regard et la façon dont nous bougeons.  A la mort de notre égo nous ne nous sentons plus menacés, nous savons qui nous sommes réellement.  Nos anxiétés et nos peurs sont libérées et une grande relaxation et sentiment de bien-être physique et mental s’installe.  Et on se rappelle les mots des maîtres qui ont répété mille et mille fois “Je ne suis pas mon corps, je ne suis pas mon mental, je ne suis pas mes émotions”.  Alors, “Qui sommes-nous?”, question fondamentale que le Yoga, à l’aide de multiples pratiques, nous aide à répondre en dévoilant peu à peu le potentiel de joie et de bonheur qui est à l’intérieur de nous tous.

About suryasanmiguel

I'm a Yoga teacher and educator. I was born in Madrid, Spain and came to Canada in the 70's to study but remained here. I received a degree in Education from McGill University. In my student's years I had the good fortune of meeting my Zen teacher, Roshi Phillip Kapleau and I studied with him for 15 years attending numerous retreats. In 1988 I was also very fortunate to meet Swami Vishnudevananda at the Sivananda Yoga Camp in Quebec where I became a certified Yoga teacher My interest in Budhism and Hinduism also led me to meet several Tibetan Lamas and study their teachings and traditions. I live presently in Montreal, Canada but travel frequently teaching Yoga and giving workshops and lectures on spiritual related topics.
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