SOMMES-NOUS EN FEU?

Le terme ‘inflammation’ vient du Latin signifiant l’action d’incendier et aujourd’hui il décrit une variété de problèmes de santé comme les troubles intestinaux, la sinusite, la migraine, etc…  Ces maux sont si fréquents qu’ils peuvent nous sembler presque normaux.  Alors, sommes-nous en train de passer au feu sans nous en rendre compte?  On n’a qu’à observer les ventes d’analgésiques et d’anti-inflammatoires, les médicaments les plus vendus au monde.  Bien sûr l’inflammation fait mal et personne veut souffrir.  Mais l’inflammation c’est d’abord un mécanisme naturel.  C’est une réaction immunitaire qui permet la défense contre des agressions et fait aussi partie aussi d’un processus de réparation.  La rougeur et l’enflure permettent au système immunitaire de s’activer; en même temps la douleur envoie au cerveau un signal d’alarme qui devrait nous faire réagir, un peu comme un extincteur de fumée qui peut nous sauver la vie.  Alors si la douleur joue un rôle positif d’avertissement, pourquoi la chassons-nous systématiquement? Nous l’évitons en prenant rapidement deux analgésiques et ne voulant pas examiner ses causes nous prenons le risque de développer un état d’inflammation chronique.

À l’heure actuelle on assiste à une véritable épidémie d’inflammation chronique.  Selon le Dr. Weil (drweil.com) l’inflammation est la cause d’un grand nombre de maladies, comme les maladies du coeur, le cancer, les maladies neurodégénératives (Alzheimer et Parkinson) et les problèmes psychologiques, spécialement la dépression (Spontaneous Happiness, 2011).

Les recherches sont claires sur l’origine de cet état: le mode de vie.  Cette fois-ci il ne s’agit pas d’une agression causée par une infection, une blessure ou même une mauvaise digestion.  La façon de vivre est une agression beaucoup plus insidieuse qui peut nous détruire en nous brûlant petit à peu.

Alors comment nous protéger des agressions causés par notre mode de vie?  Pour cela il faut examiner tous les aspects de notre vie: nos émotions, notre mental, nos activités physiques, intellectuelles et notre esprit.  Nous sommes des êtres complexes et les solutions à nos problèmes sont également complexes. À travers l’introspection ou l’attention nous devons détecter les sources d’agression, qu’est ce qui est bon pour notre santé et qu’est-ce qui ne l’est pas, qu’est-ce qui ouvre notre coeur au lieu de le fermer, qu’est-ce qui nous fait souffrir au lieu de nous rendre heureux, etc…

Le problème de la souffrance n’est pas unique à nos temps modernes.  Des maîtres hindous, bouddhistes, chrétiens ou islamiques nous parlent souvent de l’état  lamentable de leurs sociétés où la poursuite du gain, du pouvoir et de la domination sont la norme.  Poussés par leur propre souffrance et celle des autres, ils se demandent s’il est possible de s’en libérer.  C’est le cas de Buddha Shakyamuni qui quitte  le confort de son palais pour trouver une réponse.  Finalement, après une recherche intense en passant par les excès et les privations,  il découvre ‘la voie du milieu’, la voie de la modération, et c’est ce qu’il enseigné le reste de sa vie.

Dans cet article j’aimerais explorer la voie de la modération comme solution aux effets pernicieux de l’inflammation. Je sais que les causes peuvent être multiples et complexes mais si nous appliquons le principe de la modération aux différents aspects de notre vie peut-être nous pourrons faire un bout de chemin.  Pour mettre en pratique cette modération je vous propose deux actions: 1) réduire et  2) ralentir.  Ceci est spécialement important dans une société accélérée dans laquelle nos sens sont continuellement bombardés par toutes sortes de stimulations.

Alors qu’est-ce qu’on peut réduire?  En un mot, notre consommation.  Dans les pays développés nous sommes de grands consommateurs, en fait les économistes nous disent qu’il faut consommer pour avoir une bonne économie.  Alors on consomme des matières primaires, de l’énergie, des articles, de la nourriture, de l’information…  On vit dans un état de super-excitation qui enflamme pas seulement nos sens et notre mental mais aussi nos organes et nos systèmes vitaux.  Une des preuves de cet état d’excitation, entre autres, est l’épidémie des troubles du sommeil.  On se demande pourquoi on n’est pas capable de se déconnecter la nuit du rythme accéléré de la journée, de nos ordinateurs, nos téléphones, etc…

Selon le Dr. Weil, le stress physique et émotionnel est la première cause potentielle de l’inflammation chronique.  Nous savons tous que le stress tue.  Il tue petit à peu chaque fois que nous sommes irrités, nerveux, agressifs, déprimés ou en colère.  Alors réduisons un peu les sources de tension: les heures de travail trop longues, les conflits, le nombre d’activités et de projets… Ce n’est pas facile, bien sûr, mais qu’elle est l’alternative? Vivre dans un état de constante tension? En même temps ralentissons notre rythme et prenons un peu plus de temps pour les loisirs et la détente.  Je vous réfère à mes blogs antérieurs (De-Stressing 101 et 201) où je propose plusieurs stratégies pour combattre le stress à l’aide de techniques cognitives et des exercices yogiques de respiration, d’étirement et de relaxation.

La deuxième cause potentielle d’inflammation est l’alimentation.  Une alimentation inappropriée peut causer des troubles digestifs, un manque de nutrition, des taux de cholestérol et d’insuline dangereux, des allergies, des intoxications chimiques, etc..  L’idée que les aliments puissent jouer un rôle dans le processus inflammatoire n’est pas nouveau même si elle demeure relativement marginale dans la médecine conventionnelle.  Selon la biochimiste québécoise Jacqueline Lagacé (Jacqueline Lagacé. net), l’alimentation moderne trop transformée agresse la paroi intestinale ce qui provoque le passage dans le sang de certaines molécules nuisibles et résulte dans le développement d’une maladie inflammatoire.  Cela veut dire qu’en réduisant ou arrêtant la consommation de certains aliments on cesse d’alimenter le problème.

Il y a d’abord les produits laitiers et les céréales, surtout lorsqu’elles sont transformées.  Ici je voudrais mentionner l’intolérance au blé.  Le blé qui est à la base de notre alimentation occidentale, nous le retrouvons partout: le pain, les pâtes, les viennoiseries, les soupes, les produits préparés.  William Davis (Williamdavisblog.com) dans son dernier livre                   Wheat Belly nous explique non seulement comment nous pouvons perdre du poids autour de la taille mais aussi il nous met en garde contre les effets inflammatoires du blé.

Également on se maintient à l’écart des huiles raffinés, du sel et du sucre.  Côté viande on essaye de réduire les viandes rouges et les charcuteries.  Enfin, on recommande d’éviter les aliments qui contiennent des conservateurs et des colorants.  Pour ce qui est du barbecue, il faut éviter une cuisson à une température supérieure à 120 degrés C qui produit de grandes quantités de glycotoxines (molécules caramélisées).

Par contre, on peut essayer de suivre une diète plus méditerrannéene et consommer plus de légumineuses (lentilles, pois chiches, fèves),  des produits frais (légumes, fruits), de l’huile d’olive pressée à froid, des produits riches en omega-3, du thé vert et comme ingrédient magique ‘l’or de l’Inde’, le curcuma,  que l’on peut saupoudrer chaque jour dans les soupes ou le prendre en capsules.  Basé sur de nombreuses études, le Dr. Weil explique les vertus anti-inflammatoires du curcuma dans des cas d’Altzeimer, d’arthrite et de cancer.

Au-delà du choix des produits que nous consommons il y a le problème de l’excès. Beaucoup de problèmes de santé disparaîtraient si on réduisait nos portions.  L’excès est le coupable de nombreuses maladies dans les pays développés et le manque celui des pays où on meurt de faim.  En Ayurveda (la médecine des yogis) on recommande de ne pas manger plus que la quantité que tu peux tenir dans tes deux mains et le maître Sivananda dit qu’il faut remplir l’estomac avec un tiers de nourriture, un tiers d’eau et un tiers d’air.  En plus, si on ralentit en mangeant on savoure mieux et on évite de manger plus en avalant trop vite.

Alors réduisons et ralentissons.  N’ayons pas peur de ralentir.  Les grandes compagnies à l’avant-garde comme Google ou Amazon embrassent la lenteur en commençant la journée de travail avec 30 minutes de yoga, de méditation ou de réflexion.  Ils ont compris que le fait de ralentir augmente la productivité.  Pourquoi? parce que ralentir améliore la concentration, la créativité et parce que…  ça fait du bien.

 

About suryasanmiguel

I'm a Yoga teacher and educator. I was born in Madrid, Spain and came to Canada in the 70's to study but remained here. I received a degree in Education from McGill University. In my student's years I had the good fortune of meeting my Zen teacher, Roshi Phillip Kapleau and I studied with him for 15 years attending numerous retreats. In 1988 I was also very fortunate to meet Swami Vishnudevananda at the Sivananda Yoga Camp in Quebec where I became a certified Yoga teacher My interest in Budhism and Hinduism also led me to meet several Tibetan Lamas and study their teachings and traditions. I live presently in Montreal, Canada but travel frequently teaching Yoga and giving workshops and lectures on spiritual related topics.
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